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- 13 مارس 2022
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La biographie complète du grand martyr saint Epima, établie à partir des manuscrits originaux et traduite du texte copte. Sa fête est célébrée le 8 abib, ce qui correspond au 15 juillet. Il n'existe ni image ni icône de ce saint. Le texte est tiré de la traduction française figurant dans l'ouvrage *Mina, Togo – Le martyre d'Apa Epima*. Les mots et expressions entre crochets sont destinés à apporter des précisions ; le terme « Apa » est un mot copte désignant les saints et signifiant « père ».
Voici la première partie ; la seconde se trouve dans les commentaires ci-dessous.
TRADUCTION
1- Martyre du bienheureux apa Epima (en grec epimachos), l'homme de Pankoleus dans le nome de Pemdjé, qu'il subit le huitième jour du mois d'Epip. Dans la paix de Dieu. Amen.
2- Ceci est le premier recensement qui eut lieu sur la terre d'Egypte au sujet des saints.
3- Or au temps de Dioclétien, le roi orgueilleux et impie , le diable accourut et excita (le roi) (Litt. le diable accourut et bouleversa son coeur) au sujet du perjure de l'archevêque Gaios : celui-ci ayant pris les trésors et ayant mis en liberté Nicomède, fils de Sapor, roi de Perse, avait juré mensongèrement au roi qu'il (Nicomède) était mort. Le roi Dioclétien prit les trésors , alluma dessous du feu jusqu'à ce qu'ils se liquéfiassent comme de l'eau, puis (en) versa dans le corps de l'archevêque jusqu'à ce qu'il mourût. Ensuite, il prit le reste de l'or, fabriqua soixante-dix statues et les appela des dieux. Le premier il l'appela Apollon , puis (ce furent) Zeus , Sérapis , Athéna , Artémis , et tous ]es autres dieux selon lems noms .
4- Le roi parla à ses grands, disant: "Ecoutez-moi, vous tous, mes amis". Ils lui dirent: "Parle, notre seigneur le roi". Il leur dit: "Je vous aime, mes amis, écoutez-moi". Ils lui dirent : " Que notre seigneur parle, ses serviteurs écoutent". Il leur dit: " Vous savez qu'un roi n'a pas coutume de dire des mensonges. Cette nuit, pendant que je dormais, dit-il, Apollon , le grand dieu, entra chez moi avec le reste des soixante-dix dieux; ils me parlèrent gentiment (Litt. dans une belle langue), disant: Voici que nous t'avons honoré, nous t'avons donné la victoire dans la guerre , honore-nous (donc à ton tour) dans ton royaume. Qu'est-ce que nous allons leur dire ? " Romanos, le capitaine , père d'apa Victor, répondit et dit (au roi): "Ecoute-moi et laisse-moi te parler. Comme on agissait au temps de Pharaon, roi d'Egypte, alors que les gens mettaient leur confiance dans les dieux qu'il avait créés, qu'on agisse de meme (aujourd'hui). Lève-toi, ô roi, et écris un décret pour l'Egypte, depuis Rome, la première ville , jusqu'à Philoe , la dernière ville près des Ethiopiens. Envoie (les ordres) au duc d'Alexandrie et aux gouverneurs de chaque ville afin que, dans chaque ville , on détruise toutes les églises , qui ont été bâties au nom de Jésus. (Ordonne) que l'on construise des temples dans chaque ville et dans chaque village ; que l'on rassemble tous les administrateurs de chaque province , afin qu'ils amènent leurs prêtres , leurs diacres , leurs lecteurs , tous les grands de chaque ville et de chaque village, tous les personnages principaux , les paysans ainsi que les chefs, et qu'on leur ordonne (c'est-à-dire aux administrateurs) de ne pas laisser (les chrétiens) faire d'offrandes ,et de brûler leurs livres. (Ordonne) que les prêtres aussi, dans chaque ville et dans chaque village, construisent les temples et qu'on dépense pour eux (c'est-à-dire les temples) sur le trésor royal (C'est-à-dire: "que les dépenses de construction soient imputées au trésor royal"). (Ordonne) qu'ils offrent de l'encens aux dieux, qu'ils tournent le visage vers l'occident et qu'ils les adorent. (Quant à) ceux qui ne les adoreront *pas, qu'on les tue par le glaive, le feu et toute sorte de tortures . (Ordonne) que l'on rassemble tous les prêtres et qu'on les amène à Alexandrie pour leur faire adorer les dieux en présence du duc ; qu'on exempte d'impôt leur terrain et qu'on renvoie le gardien de leurs champs".
5- Le discours plut au roi. Il dit: "Par Apollon , le grand
dieu, je ferai ainsi et je ne perdrai pas de temps ". Le roi se leva de bon matin le premier jour de Parmouté, pour commencer le nouvel an (Le premier Parmouté correspond au 27 mars), et fit paraître dans le palais un décret (Litt. un écrit.) ainsi conçu : "Soldats, capitaines , civils , (bref), toute personne qui se trouve dans mon royaume : ne me faites plus entendre ce nom de Jésus de votre (Le texte porte " de leur (sic) bouche ".) bouche, mais que l'on tourne le visage vers l'occident et qu'on offre aux dieux de l'encens , du vin pur et de la farine de froment pétrie". Et il fut ainsi fait et on publia le décret .
6- Or il y avait un jeune homme, c'était le fils d'un capitaine nommé Basilide, il vit le décret ( Litt. l'écrit.) affiché dans le palais , il pleura et cria, disant: " Mon Seigneur Jésus-Christ , viens à mon secours , allume (dans mon être) la flamme intérieure (Litt.. allume la lampe de mon intérieur) jusqu'à ce que je trouve la force de parler à ce roi impie qui dédaigne ton saint nom". Lorsqu'il eut dit ces paroles, il enleva sa cuirasse, entra chez le roi et se tint debout, n'ayant plus sur lui que son pantalon (de dessous). Le roi lui dit: "Qu'est-ce que cela ? " Il dit : " Je suis Christodore, fils de Basilide". Le roi lui dit : " Pourquoi es-tu debout ici, sans être revêtu de ta cuirasse ? Tu as perdu ]a dignité de ton père". Le jeune homme lui dit: "Je ne serai plus jamais ton soldat, ô roi, parce que le coeur du diable a poussé des racines en toi, mais je serai soldat de mon Seigneur Jésus-Christ
, celui qui a créé le ciel, la terre, la mer, les fleuves, et tout ce qui est en eux; et c'est (encore) lui qui m'a créé, moi aussi, et mon souffle est dans ses mains "(Cf. Dan. V, 23.). Alors , lorsque Je jeune homme eut dit ces paroles, le roi se mit en courroux, saisit un glaive de la main d'un soldat, (en) frappa Je jeune homme et l'att eignit au coeur. Quand les soldats eurent vu (cela), ils entourèrent le jeune homme et ]'achevèrent avec leurs glaives en le coupant membre par membre ( Mot à mot : " ils le firent membre membre par le glaive".). Il subit son martyre dans le mois de Pharmouté. Dans la paix . Amen.
7- Ensuite, le roi ordonna d'allumer (le brasier de) l'autel,
il posa dessus de l'encens , lui ainsi que tout le peuple de son royaume. Six mille soldats adorèrent (les dieux), ainsi que trente mille civils . Toute personne qui (était) dans la ville , les hommes et les femmes, les petits et les grands, (bref) tout être humain en qui était le souffle de vie et qui (se trouvait) dans cette ville, il les força tous à adorer, alors qu'ils étaient au nombre de deux cent quarante mille. Puis il écrivit des lettres et les remit à un capitaine, sur la cuisse duquel on avait imprimé (un sceau), et dont le nom était Dionysios. Celui-ci les apporta à Alexandrie et les remit à Arménios gui les envoya en Egypte pour qu'on en prît copie dans chaque ville et dans chaque province, afin que tous agissent selon ce qu'avait ordonné le roi.
8- Alors le courrier alla dans (toute) l'Egypt e, portant le décret depuis Alexandrie jusqu'au sud. Lorsqu'il fut venu à la ville de Pemdjé, il remit les lettres au gouverneur Koulkianos qui les lut et les trouva écrites de cette manière : " Tous ceux qui ne t 'obéiront pas, le pouvoir t'est donné de les massacrer ou de les envoyer à Alexandrie pour que je les châtie".
9- Or , lorsque Dieu a voulu chercher ses élus et relever la race des chrétiens sur la terre, pour que la gloire de l'église de Dieu apparaisse, Dieu a voulu que ses saints élus souffrent pour son saint nom, afin qu' ils entrent dans son royaume. Comme l'a dit le maître Paul dans sa sainte lettre : " .Il y a une grande affaire qui pèse sur nous à cause des martyrs" (Cf. Hébr. XII, 1.); voilà pourquoi il a plu à Dieu, Père de notre Seigneur Jésus-Christ , de chercher ses saints. Comme l'a dit Isaïe le prophète " Si les disciples de Dieu venaient tous auprès de moi , je les instruirais " (Cf. Is. LIV, 13 ; Jean VI, 45.).
10- C'est donc ainsi que fit Dieu : il suscita un esprit mauvais en Dioclétien jusqu'à ce qu'il persécutât les serviteurs et les martyrs du Christ ; de même qu'il avait endurci le coeur de Pharaon (Ex, IX. 12.) jusqu'à ce qu'il perséculât son people , en sorte qu' il le fit périr dans la mer et que le peuple de Dieu fut sauvé. Selon ce qui est écrit dans la Sainte Ecriture : " Il n'y aura pas de méchanceté dans une ville du Seigneur fondée par lui" (Amos III, 6.).
11- C'est encore ainsi que fit le roi impie qui irrita Dieu, ses anges et ses saints jusqu' à ce qu'ils l'expulsa ssent et le jetassent dans les lieux extérieurs, pour que les saints, eux-mêmes, du Père et de son saint Fils, Jésus-Christ, entrassent dans le royaume des cieux et en héritassent éternellement; selon ce qu'a dit le saint Evangile : " Venez, vous qui êtes bénis de mon Père, et héritez du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde " (Matt. XXV, 34.). C'est donc ainsi que Dieu voulut agir clans la terre entière.
12- Ecoutez maintenant, vous à qui il a été donné d'entendre. Entendez, vous à qui a été donnée la sagesse, puisqu' il n'y a rien de plus doux que ce nom de Jésus , ni de plus glorieux que ce nom de chrétien .
13- Il y avait un paysan dont le nom était Epima . Il était âgé de vingtsept ans et habitait un village appelé Pankoleus, dans le nome de Pemdjé. Le nom de son père était Elie, et le nom de sa mère était Sophie. Or cet homme-là était juste et chrétien , maudissant tout mal. C'était (aussi) un sage (et un homme) charitable : il donna it à la maison de Dieu les prémices de ses récoltes . Toutes les paroles de la Sainte Ecriture , elles étaient (pour lui) comme une lampe l'éclairant intérieurement. Sa maison était du côté sud du village (Litt. de cet endroit.) , tandis que ses champs étaient du côté de l 'occident et quelques autres encore du côté de l'orient. Et cet homme, apa Epima, était rempli de tout précepte de l'Esprit Saint, et tous les habitants de cet endroit l'aimaient à cause de toutes les oeuvres de justification qu'il faisait, en sorte que son nom arriva jusqu' aux administrateurs et aux gouverneurs, à savoir que c'était un chrétien .On se mit à le chercher sans répit.
14- Or un jour que le bienheureux apa Epima dormait
dans sa maison, voici qu'un jeune homme lumineux se tint debout au-dessus de lui, (le) mit en émoi et lui dit : "Epima, Epima, ouvre les yeux et reconnais qui je suis. C'est moi Jésus-Christ dont l'étoile a brillé à l'Orient ; c'est moi Jésus dont les mages ont vu l 'étoile ; c'est moi Jésus au sujet de qui les anges ont fait une annonce aux pasteurs ; c'est moi Jésus qu'a engendré Marie; c'est moi Jésus qui fut martyr sous Ponce Pilate ; c'est moi Jésus la couronne des martyrs , l'agonothète de ceux qui luttent bravement . La paix que mon Père m'a donnée en venant au monde , moi je te la donne. Pourquoi es-tu assis, (te montrant) indifférent,tandis que la bataille s'étend et qu'on donne des couronnes pour rien? Voici que je t'ai déjà préparé une demeure dans les cieux ainsi qu'une couronne impérissable jusqu'à l'éternité. Il y a une grande bataille qui t'attend demain dans la ville de Pemdjé. Ta mort aura lieu le huitième jour du mois d'Epip, et ton corps restera pendant un grand moment dans la montagne de Chinouôté chez quelqu'un appelé Ammônios. Après ce temps, on apportera ton coprs à ta maison le dixième jour de Paôné. (correspondant au 17 juin) On t'emmènera à Alexandrie où l'on t'écoutera, (et) de grands miracles de ta part auront lieu dans cet endroit. Ensuite on te fera retourner et on te ramènera au pays d'Egypte et ta mort aura lieu là, dans un nome qui n'est pas le tien (La rédaction copte n'est pas très claire. Le sens est évidemment que ce voyage à Alexandrie se place avant sa mort. On verra plus loin qu'on emmène le saint à Alexandrie où le comte Arménios lui fait subir diverses tortures, puis qu'on l'envoie en Haute-Egypte pour lui trancher la tête. ). J'ai mis à ta disposition Jules, le protecteur et l'historiographe (des martyrs), l'homme de Kbehs, pour qu'il prenne soin de toi en ce lieu et pour qu'il écrive tous tes mémoires, les apporte à sa maison et les laisse là-bas jusqu'au moment où mon Père voudra qu'ils paraissent.Après cela il mettra ses serviteurs à ta disposition, afin qu'ils te restent fidèlement attachés jusqu'à ce que tu accomplisses ta lutte, et afin qu'ils mettent ton corps en sûreté et l'enterrent bellement. Que tes parents restent seuls et que tu meures avec gloire dans l'exil chez ton ami Ammônios, l'homme de Chinouôté, et le jour où mon Père voudra qu'on ramène ton corps à ta maison et qu'on l'y laisse, je ferai advenir un miracle afin que l'on croie à toi. Ma paix soit avec toi. Mais dis à Jules qu'il donne des ordres à ses serviteurs à qui il remettra ton corps , (leur disant) : Prenez bien soin de lui et déposez-le à l'endroit où l'on déposera mon corps ". Lorsque le Sauveur eut dit ces paroles au saint apa Epima, il fit le signe de la croix sur tout son corps afin qu'aucune torture n'ait de pouvoir sur lui. Il l'embrassa et monta Vers les cieux, tandis que le saint le suivait des yeux.
15- Or, le matin venu, le saint apa Epima se leva, sortit de sa maison et n'instruisit personne de ses hommes de ces paroles, afin qu'on ne lui fît pas d'opposition . Ce jour-là était le marché de la ville de Pemdjé. Il dit à ses hommes: "Je veux aller aujourd'hui au marché de Pemdjé pour acheter une vache dont j'ai besoin ". Ses hommes lui dirent: "Va en paix , que le Seigneur envoie son ange devant toi et qu'il dirige tes voies ! "
16- Alors le saint apa Epima sortit hors de sa maison, tourna son visage vers l'est, du côté de l'orient , et, les mains étendues, pria, disant: "Ecoute-moi, mon Seigneur Jésus -Christ, car c'est toi gui as dit: quiconque n'aura pas quitté père ou mère, frère ou soeur, femme ou enfant, jardins ou champs ou trésors (Cf. Matt. XIX, 29.), pour porter sa croix et me suivre, n'est pas digne de moi (Cf. Matt. X, 38. ). Tu sais, mon Seigneur, que j'ai abandonné, à cause de toi,tout ce qui est à moi: 'j'ai laissé dedans ce qui était dedans, et j'ai laissé dehors ce qui éta.it dehors. Quant à ma femme même, voici sept ans que je l'ai abandonnée, me dominant moi-même, à cause de ton saint nom. 'foi aussi, mon Seigneur, ne ferme pas contre moi les portes de la justice (Cf. Ps. CXVII, 19.) quand je viendrai vers toi, et puisses-tu rester avec moi pour me donner du courage jusqu'à ce que je trouve la force d'accomplir ce que tu m'as ordonné! Car à toi appartiennent la puissance et la gloire, éternellement, éternellement. Amen "(Cf. Apoc. VII, 12. ). Lorsque le saint apa Epima eut dit ces paroles, il se signa au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit , (puis) entra dans la ville de Pemdjé. Il entendit dire que le gouverneur siégeait devant la tribune dans l'Achilleion (Temple consacré à Achille dont on ne connaît pas d'autre mention.), en face du tétrapyle (Al-Bahnasâ possédait, paraît-il,comme Alexandrie, un Tétrapyle dont ce texte foumit l'unique mention. et C'est un bâtiment public et un monument antique à quatre colonnes.), écoutant quelques chrétiens dont voici les noms : Haap le diacre de Takanach , apa Hor l'homme de Tepoché dans le nome de Pemdjé, Maxime le prêtre de Chenarô , Pegoch le diacre , l'homme de Terbé , et en outre une foule de chrétiens de la ville de Pemdjé. Alors le saint apa Epima leva les yeux vers le ciel, disant : " Ecoute-moi, mon Seigneur Jésus-Christ , donne-moi assez de courage pour que je trouve la force de parler à ce gouverneur impie qui blasphème ton saint nom ". Comme il disait ces paroles, voici que l'intendant Anoubianos regarda et vit le saint apa Epima. Il se rendit chez le gouverneur et lui dit : "Messire le gouverneur,notre seigneur, voici Epima le chef de Pankoleus, il est venu et s'est placé debout en dehors de la tribune ; qu'il te déclare les clercs de son village et (qu'il t'apporte) les meubles qui (se trouvent) dans ses églises, (je veux dire) leurs livres, leurs tables, leurs vases, selon ce qu'a ordonné notre seigneur le roi ".
17- Aussitôt, le gouverneur envoya Théodore, le geôlier, (qui) le lui amena devant la tribune. Le gouverneur lui dit: "C'est toi Epima qui es le chef de Pankoleus?" Le saint lui dit : " Oui c'est moi, mais c'est Dieu qui est
le chef de nous tous". Le gouverneur lui dit: "De quel dieu parles-tu, Apollon ou Zeus ? Choisis pour toi l'un
de ces (dieux), qu'il te sauve". Le saint lui dit : " Je ne parlais pas de l'un de ces (dieux), mais je parle de Dieu, Père de mon Seigneur Jésus-Christ". Le gouverneur lui
dit: "Envoie pour qu'on m'amène ici tes prêtres, ainsi
que les vases dans lesquels ils ont coutume de célébrer la Synaxe ". Le saint apa Epima lui dit: " Nous n'avons pas de prêtres, mais nous avons coutume de chercher
en tout lieu jusqu'à ce que nous en trouvions un qui nous célèbre la Synaxe le samedi et le dimanche. Quant aux vases dans lesquels nous avons coutume de célébrer
la Synaxe, ils sont en verre, car nous sommes de
pauvres gens et nous habitons dans une humble chaumière". Le gouverneur lui dit : " Epima, tu ne pourras pas te rire de moi, car on m'a déjà informé de la ruse (?) ( ... ? .. . ) qui est en toi".
18- Anoubianos, l'intendant , se rendit alors chez le Gouverneur pour la deuxième fois et déposa une requite contre le saint apa Epima, disant: " Tu vois cet apostat, c'est encore un séditieux de la race des chrétiens ; à cause de cela il r ejette le décret du roi". Le gouverneur lui dit: " Epima, tu ne pourras pas te rire de moi; obéis-moi et accomplis l'ordre de nos seigneurs les rois, afin que tu ne fasses pas périr ta beauté de chair dans de mauvaises tortures ". Le saint apa Epima répondit en disant: "Mon Seigneur Jésus nous a déjà instruits, disant : Ne craignez pas ceux qui tueront vos corps ; votre âme , ils ne peuvent pas la tuer ; craignez plutôt celui qui peut tuer votre âme et votre corps dans la géhenne " (Matt. X, 28.). Le gouverneur lui dit: "Veux-tu que nous touchions à ta chair ? "( Le texte porte " tes chairs.") Le saint lui dit: "Ce qui te plait, fais-le moi, (car) mon Dieu Jésus-Christ est avec moi, me donnant du courage". Le gouverneur lui dit: "Je ferai que l'on arrache ta langue avant que tu ne prononces ce *nom en ma présence". Le saint lui dit : " Tu n'es pas digne d'entendre le nom de mon Dieu, car même les bêtes féroces et les reptiles, quand ils entendent le nom de mon Dieu, ont coutume de redresser leurs cous, et toi, tu le dédaignes. Car l'apôtre a dit: Quelle société entre le Christ et Bélial , ou quel accord entre la maison de Dieu et celle des demons et des idoles ? (Cf. 2 Cor. VI, 15.-16.) Et , à ce moment-là, le gouverneur impie se mit en colère et ordonna de suspendre le juste au Poteau et de le tourmenter.
19- Or ce noble apa Epima, dont tout le corps était une beauté (Mot à mot : "il y avait une beauté dans tout son corps".), dont les cheveux étaient bouclés comme les grappes de henné, quand on allait le suspendre au poteau , se signa sur la tête et sur le front au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Lorsqu'on l'eut tourmenté, tout son corps était baigné de sang. Il leva les yeux au ciel, tout en étant suspendu au poteau, (et) dit: "Mon Seigneur Jésus-Christ,; Jésus, ma vie; Jésus, mon Dieu; Jésus, mon refuge; Jésus, mon secours; Jésus, (toi) en qui je mets mon espoir; Jésus, oeil qui voit; Jésus , oreille qui entend, écoute-moi et aie pitié de moi, abaisse ton regard sur toutes mes souffrances, souviens-toi que je ne me suis jamais détaché de tes commandements, toi aussi, mon Seigneur, ne t'éloigne pas de moi, mais que ton nom et ta puissance soient glorifiés dans cette ville , afin que tous sachent que c'est toi seul le Dieu véritable et qu'il n'y en a pas d'autres en dehors de toi et de ton saint Père, dans le ciel et sur la terre, et du. Saint-Esprit , éternellement, éternellement. Amen. Je ne me suis pas éloigné de tes directives, mon Seigneur, mais je me prepare à mourir et à verser mon sang pour ton saint nom, cependant ne me laisse pas mourir maintenant, avant que je n'aie confondu cet impie ainsi que les oeuvres de sa main qui sont ses dieux impurs, de peur qu' il ne dise dans son coeur: je l'ai emporté sur celui-ci (Cf. Ps. XII, 5 .), et son Dieu n'a pas pu venir à son secours".
20- Or , comme le saint apa Epima disait ces paroles, tout en étant suspendu au poteau , sa supplication fit de l'effet auprès du trône de Dieu, et sa prière entra dans les oreilles du Seigneur Sabaôth (Cf. Jac V, 4,). Le Sauveur Jésus appela Michel (et) lui dit : " Viens, mon fidèle procurateur, va toucher le corps de mon serviteur Epima et guéris-le de toutes les tortures (que lui a causées) cet impudent gouverneur ". L'archange Michel descendit du ciel, se tint debout à la droite du juste , (et ) lui dit : " Courage, ô noble apa Epima, Dieu t'a entendu, il a enlevé de toi toutes tes souffrances, (et) j'ai été envoyé vers toi pour te donner du courage". Tout en disant ces paroles, il toucha son corps. Le bienheureux apa Epima se réjouit alors comme quelqu'un qui boit du bon vin. Il cria disant : " Sois confondu, ô gouverneur impie , car je ne me soucie pas de toi ni de tes tortures tant que mon Dieu est avec moi".
21- Lorsque les habitants de la ville de Pemdjé eurent entendu ces paroles, ils crièrent tous, disant: "Unique est le Dieu des chrétiens , le Christ Jésus , et il n'y a pas d'autre dieu que lui, dans le ciel et sur la terre". Lorsque le gouverneur eut entendu cela, il entra dans une grande colère, (et) donna des orders à quatre groupes de soldats, (qui) apportèrent des fouets (litt. nerfs) d'un seul morceau de cuir, saisirent le bienheureux apa Epima, le mirent à plat ventre, lui attachèrent les mains et les pieds avec
des courroies, et le frappèrent quatre à quatre, en sorte que son sang (Le texte porte " ses sangs ".) coula sur la terre comme de l'eau. Et le bienheureux apa Epima criait, disant: "Mon Seigneur Jésus-Christ , viens à mon secours . Lorsque son coeur (était sur le point de) s'arrêter par l'excès des coups (de fouet), tous les gens (qui se trouvaient) sur l'agora (Litt. ceux de l'agora.) de la ville poussèrent des cris sur lui.
22- Ensuite, il fit asseoir le bienheureux apa Epima sur
un siège en fer. On plaça sur sa tête un casque de feu et à ses côtés des torches allumées. Alors le bienheureux apa Epima se signa avec le doigt au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit . Aussitôt le casque devint comme une couronne sur la tête du bienheureux apa Epima, et les torches se retournèrent en arrière et brûlèrent ceux qui les tenaient. La foule de la ville cria, disant : " Grand est le Seigneur qui donne du courage à ses serviteurs avec gloire. Nous ne les laisserons pas tuer cet homme dans cette ville , mais il faut que nous l'enlevions publiquement et l'envoyions à sa maison. Si l'impie fait
la guerre avec nous, nous le lapiderons. Est-ce que nous
allons nous soucier d'un homme et abandonner Dieu ? "
23- Or , lorsque le gouverneur impie eut entendu ces paroles, il eut peur des habitants de la ville . Il se tourna vers le bienheureux apa Epima et lui dit: "Je t'adjure par Jésus, ce nom au moyen duquel tu fais de la magie , dis que ces torches de feu s'éloignent d es bourreaux , car elles les font souffrir ". Alors le bienheureux apa Epima leva les yeux au ciel et dit: "Ecoute-moi, mon Seigneur Jésus-Christ, car au moment où toi-même étant sur la croix , les Juifs te faisaient souffrir en te souffletant le visage, malgré tout cela tu demandais à ton Père de leur pardonner (Cf. Luc XXIII, 34. ) . En outre le prophète Isaïe a dit: Ne rendez pas le mal pour le mal (C'est sans doute par erreur que cette citation est attribuée à Isaïe ; en réalité elle se réfère à Rom. XII, 17.). Salomon a dit dans ses proverbes: Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger, s'il a soif, donne-lui à boire, car en fai sant ceci, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête (Prov. XXV, 21-22. ). Tu as encore dit, mon Seignem, dans le Saint Evangile : Pardonnez aux hommes leurs pechés, pour que mon Père qui est dans les cieux vous pardonne (Cf . Matt. VI, 14.). Maintenant, mon Seigneur Jésus-Christ , c'est l'heure où ton saint nom doit être glorifié" (Cf. Jean XVII, 1.). Puis il se tourna vers les bourreaux et leur dit : " Allez vous-en, Jésus vous a pardonnés".
24- Or , lorsque le gouverneur eut vu (cela) , il s'émerveilla, et tous les habitants de la ville glorifièrent Dieu. Ce gouverneur impudent se tourna alors vers le bienheureux apa Epima et lui dit : "Ne me diras-tu pas quel est ce miracle que tu as fait au moyen de ton front et ton visage ? Vraiment tu es un maître magicien. Ce miracle que tu as fait, je n'ai jamais vu quelqu'un qui l'ait fait. Je t'adjure par Jésus , ton Dieu, afin que tu me dises exactement la vérité ". Le bienheureux apa Epima répondit et lui dit: "Ecoute que je t'instruise. Ceci est le sceau que Dieu a scellé sur le visage d'Adam le jour où il fut créé ( Litt. le jour où il fut façonné). C'est encore le signe de la croix que mon Seigneur Jésus a portée ". Alors le gouverneur se tourna vers son assesseur et lui dit: "Qu'allons-nous faire de cet homme et de cette grande clameur qui nous suit dans cette ville ? Vois, on ne nous laisse pas le faire souffrir ". Son assesseur lui dit: " Obéis-moi et donne sentence à cet homme. Envoie-le à Alexandrie pour qu'on le châtie là-bas. Sinon, les habitants de cette ville - (qui) le connaissent, car c'est un homme vénérable, et (qui) tous le glorifient comme homme de science, fécond dans sa maison, chef de son village et de tous ceux qui sont dans son voisinage - ils ne nous permettront pas, pour ces raisons, de le tuer dans cette ville".
25- Le gouverneur écrivit alors (un rapport) ainsi conçu:
"Moi Koulkianos, gouverneur de Pemdjé, j'écris (Litt. il écrit.) à Arménios, comte d'Alexandrie, au sujet d'un saint chrétien appelé Epima, lequel est un habitant de Pankoleus dans le nome de Pemdjé et le chef de son nome entier, à qui tous obéissent et devant qui tous ont peur, à cause des oeuvres de sorcellerie qu'il fait. Pour cette raison, les habitants de la ville de Pemdjé, ainsi
que ceux de son nome entier dont il est le chef, m'ont fait opposition et ne m'ont pas permis de le faire souffrir. Voici que je te (l') ai envoyé pour que tu le châties comme tu voudras, jusqu'à ce qu'il obéisse à l'ordre de nos seigneurs les rois. Porte-toi bien , mon frère aimé ". Puis, après avoir écrit le rapport, il fit enchaîner les mains et les pieds du juste qui avait deux carcans autour du cou. On lui donna quatre soldats qui le conduisirent vers le sud au ......... (?) (Le mot est ambigu et désigne un lieu public peut être le temple d'Athéna) jusqu'à
ce qu'ils l'amenassent au fleuve. Ils le jetèrent au fond de la cale du bateau et naviguèrent avec lui tandis qu'il logeait au fond de l'embarcation. Le bienheureux apa Epima se chagrina et pleura en disant: " Jésus , mon Seigneur, Jésus , ma vie, Jésus, mon espoir, Jésus, mon secours, aie pitié de moi et sois avec moi partout où j'irai, car on m'emmènera à un endroit que je ne connais pas, et ce n'est que toi seul que je connais, Seigneur, Dieu, Tout-Puissant, Père de mon Seigneur Jésus-Christ , celui à qui appartiennent la gloire et la puissance, éternellement, éternellement. Amen ". Lorsque le saint apa Epima eut dit ces paroles, sa supplication fit de l'effet auprès du trône de Dieu, et sa prière entra dans les oreilles du Seigneur Sabaôth . Le Seigneur Jésus descendit (du ciel), monté sur une nuée de lumière, ayant Michel à sa droite et Gabriel à sa gauche, tandis qu'une foule d'anges lui chantait des hymnes. Il se tint debout dans l'air au-dessus du bateau et dit au saint apa Epima: " Joie au moment (où l'on doit avoir) de la joie, courage au moment (où il faut avoir) du courage.C'est moi Jésus qui ai pris corps dans le sein de la Vierge Marie. Ne crains pas, mon élu Epima, car je suis avec toi partout où l'on t'emmènera. Je te paierai ton salaire selon tes souffrances. Je te ferai asseoir dans mon royaume sur ton trône avec mes saints. Je te donnerai un nom de réputation et te ferai prendre part à l'offrande infinie dans l'église des premiers-nés de la Jérusalem céleste (Cf. Héb. XII, 22-23.). Ne crains pas, mon élu Epima, ma paix sera avec toi en tout lieu. Amen". Puis , lorsque le Sauveur eut dit ces paroles, il monta vers les cieux dans une grande gloire, tandis que les anges lui chantaient des hymnes. Et le bienheureux,
son coeur se réjouit d'avoir vu le Seigneur et il se mit à glorifier Dieu jusqu'à ce qu'il arrivât à Alexandrie.
26- Ce jour-là était (le jour) du grand jeûne (C'est-à-dire " le vendredi saint.") . Alors le saint apa Epima pria Dieu, disant: "Dieu, toi qui m'as créé (Litt. dieu qui m'a façonné.) dans le sein de ma mère et qui m'as fait vivre pendant toute ma vie jusqu'aujourd'hui, garde-moi des mains de cet impie durant ces trois jours: le (jour du) grand jeûne, le samedi et le dimanche , car ce sont des jours de fête dans le ciel et sur la terre, durant lesquels ne doit arriver aucun trouble". Et, comme il disait ces paroles, le bateau aborda au rivage d'Alexandrie.
27- Les soldats cherchèrent l'endroit (où se trouvait) Arménios, et, comme c'était un anniversaire du roi, ils le trouvèrent au spectacle des Jeux . Les soldats lui remirent le rapport sur Je bienheureux apa Epima, lequel les suivait les mains liées derrière lui et un carcan autour du cou. (Arménios) vint pour l'interroger ce jour-là, (mais) les habitants de la ville lui firent opposition, disant: "Non, non, ne gate pas nos Jeux, tu l'interrogeras plus tard". (Alors) il ordonna de conduire le saint apa Epima à la prison jusqu'au lendemain.
28- Or, la nuit où l'on jeta le saint apa Epima en prison, il y avait un homme enfermé dans la prison, possédé par un mauvais esprit qui le faisait souffrir. (L' esprit) cria d'une voix forte, disant: " Je sortirai de Dionysios, fils de Théodore serviteur du comte (?) (L'expression pourrait aussi signifier garde du corps), ô saint apa Epima, homme de Pankoleus, par peur de J'atêhange Michel qui marche avec toi et gui est entré dans la prison avec toi ". Aussitôt le demon renversa l'homme par terre et sortit de lui. Le coeur de l'homme se réconforta et il vint se jeter aux pieds du saint apa Epima.
29- Or , le concierge qui était préposé à la prison, lorsqu'il eut vu le grand miracle advenu grâce au saint apa Epima, il avait, lui, une fille unique et qui était enceinte. Celle-ci, étant en son mois d'accouchement, était arrivée à son troisième jour de douleurs d'enfantement et son enfant était retenu en elle. Son père lui fit venir une foule de médecins et une foule d' exorciseurs et de magiciens, (mais) ils ne purent la guérir . Lors donc que son père eut vu ce qui était advenu grâce au saint apa Epima, il alla le trouver, il se jeta à ses pieds et le pria de guérir sa fille. Le saint apa Epima lui dit : " Apporte-moi un peu d'huile pour que je prie dessus, afin que je fasse paraître en elle la gloire de Dieu, celui à qui appartiennent toutes ces gloires et tous ces miracles". Son père apporta l'huile en hâte au saint apa Epima. Il pria dessus et l'on en oignit la jeune fille.Aussitôt elle accoucha d'un garçon qu'on nomma Epima comme le nom du juste.
30- Après cela, il y avait un aveugle qui était assis sur le seuil de la porte de la prison , recevant l'aumône de ceux qui ent raient dans la prison et de ceux qui (en) sortaient. Il entendit parler des miracles du saint apa Epima, il se leva et alla le trouver dans la prison. Il se jeta à ses pieds et le pria afin qu'il lui donnât la lumière. Et , le saint apa Epima tourna son visage du côté de l'Orient (et pria), disant : "Ecoute-moi, mon Seigneur Jésus-Christ, toi qui as ouvert les yeux de l'aveugle quand tu te rendais à Bethphagé (Cf. Marc X, 46 et suiv.); Jésus, toi qui as donné la lumière à ces deux frères aveugles qui étaient assis sur la route recevant l'aumône (Cf. Matt. XX, 30.) ; Jésus , mon Dieu, toi qui, en jetant ta salive par terre, en as fait de Ja boue, l'as appliquée sur les yeux de l'aveugle-né et l'as envoyé à Siloé (d'où) il est revenu voyant clair (Jean IX, 6.). Ecoute-moi aussi, mon Seigneur Jésus-Christ, et aie pitié de ce pauvre homme qui reçoit l'aumône. Donne-lui la lumière afin qu'il aille faire son travail et son métier, pour qu'il puisse vivre et louer ton saint nom ; car à toi appartiennent la puissance et la gloire, éternellement, éternellement. Amen". Sur l'heure, le saint apa Epima plaça ses mains sur les yeux de l'aveugle, souffia dans son visage trois fois: au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, et aussitôt ses yeux s'ouvrirent et il vit clair. Cet homme-là vint dans toute la ville, propageant la renommée d'apa Epima, au sujet des miracles qu'il faisait dans la prison , en sorte que toutes les personnes dans cette ville , qui souffraient de différentes maladies, lui furent amenées à la prison et il les guérit toutes par la puissance du Christ.
Voici la première partie ; la seconde se trouve dans les commentaires ci-dessous.
TRADUCTION
1- Martyre du bienheureux apa Epima (en grec epimachos), l'homme de Pankoleus dans le nome de Pemdjé, qu'il subit le huitième jour du mois d'Epip. Dans la paix de Dieu. Amen.
2- Ceci est le premier recensement qui eut lieu sur la terre d'Egypte au sujet des saints.
3- Or au temps de Dioclétien, le roi orgueilleux et impie , le diable accourut et excita (le roi) (Litt. le diable accourut et bouleversa son coeur) au sujet du perjure de l'archevêque Gaios : celui-ci ayant pris les trésors et ayant mis en liberté Nicomède, fils de Sapor, roi de Perse, avait juré mensongèrement au roi qu'il (Nicomède) était mort. Le roi Dioclétien prit les trésors , alluma dessous du feu jusqu'à ce qu'ils se liquéfiassent comme de l'eau, puis (en) versa dans le corps de l'archevêque jusqu'à ce qu'il mourût. Ensuite, il prit le reste de l'or, fabriqua soixante-dix statues et les appela des dieux. Le premier il l'appela Apollon , puis (ce furent) Zeus , Sérapis , Athéna , Artémis , et tous ]es autres dieux selon lems noms .
4- Le roi parla à ses grands, disant: "Ecoutez-moi, vous tous, mes amis". Ils lui dirent: "Parle, notre seigneur le roi". Il leur dit: "Je vous aime, mes amis, écoutez-moi". Ils lui dirent : " Que notre seigneur parle, ses serviteurs écoutent". Il leur dit: " Vous savez qu'un roi n'a pas coutume de dire des mensonges. Cette nuit, pendant que je dormais, dit-il, Apollon , le grand dieu, entra chez moi avec le reste des soixante-dix dieux; ils me parlèrent gentiment (Litt. dans une belle langue), disant: Voici que nous t'avons honoré, nous t'avons donné la victoire dans la guerre , honore-nous (donc à ton tour) dans ton royaume. Qu'est-ce que nous allons leur dire ? " Romanos, le capitaine , père d'apa Victor, répondit et dit (au roi): "Ecoute-moi et laisse-moi te parler. Comme on agissait au temps de Pharaon, roi d'Egypte, alors que les gens mettaient leur confiance dans les dieux qu'il avait créés, qu'on agisse de meme (aujourd'hui). Lève-toi, ô roi, et écris un décret pour l'Egypte, depuis Rome, la première ville , jusqu'à Philoe , la dernière ville près des Ethiopiens. Envoie (les ordres) au duc d'Alexandrie et aux gouverneurs de chaque ville afin que, dans chaque ville , on détruise toutes les églises , qui ont été bâties au nom de Jésus. (Ordonne) que l'on construise des temples dans chaque ville et dans chaque village ; que l'on rassemble tous les administrateurs de chaque province , afin qu'ils amènent leurs prêtres , leurs diacres , leurs lecteurs , tous les grands de chaque ville et de chaque village, tous les personnages principaux , les paysans ainsi que les chefs, et qu'on leur ordonne (c'est-à-dire aux administrateurs) de ne pas laisser (les chrétiens) faire d'offrandes ,et de brûler leurs livres. (Ordonne) que les prêtres aussi, dans chaque ville et dans chaque village, construisent les temples et qu'on dépense pour eux (c'est-à-dire les temples) sur le trésor royal (C'est-à-dire: "que les dépenses de construction soient imputées au trésor royal"). (Ordonne) qu'ils offrent de l'encens aux dieux, qu'ils tournent le visage vers l'occident et qu'ils les adorent. (Quant à) ceux qui ne les adoreront *pas, qu'on les tue par le glaive, le feu et toute sorte de tortures . (Ordonne) que l'on rassemble tous les prêtres et qu'on les amène à Alexandrie pour leur faire adorer les dieux en présence du duc ; qu'on exempte d'impôt leur terrain et qu'on renvoie le gardien de leurs champs".
5- Le discours plut au roi. Il dit: "Par Apollon , le grand
dieu, je ferai ainsi et je ne perdrai pas de temps ". Le roi se leva de bon matin le premier jour de Parmouté, pour commencer le nouvel an (Le premier Parmouté correspond au 27 mars), et fit paraître dans le palais un décret (Litt. un écrit.) ainsi conçu : "Soldats, capitaines , civils , (bref), toute personne qui se trouve dans mon royaume : ne me faites plus entendre ce nom de Jésus de votre (Le texte porte " de leur (sic) bouche ".) bouche, mais que l'on tourne le visage vers l'occident et qu'on offre aux dieux de l'encens , du vin pur et de la farine de froment pétrie". Et il fut ainsi fait et on publia le décret .
6- Or il y avait un jeune homme, c'était le fils d'un capitaine nommé Basilide, il vit le décret ( Litt. l'écrit.) affiché dans le palais , il pleura et cria, disant: " Mon Seigneur Jésus-Christ , viens à mon secours , allume (dans mon être) la flamme intérieure (Litt.. allume la lampe de mon intérieur) jusqu'à ce que je trouve la force de parler à ce roi impie qui dédaigne ton saint nom". Lorsqu'il eut dit ces paroles, il enleva sa cuirasse, entra chez le roi et se tint debout, n'ayant plus sur lui que son pantalon (de dessous). Le roi lui dit: "Qu'est-ce que cela ? " Il dit : " Je suis Christodore, fils de Basilide". Le roi lui dit : " Pourquoi es-tu debout ici, sans être revêtu de ta cuirasse ? Tu as perdu ]a dignité de ton père". Le jeune homme lui dit: "Je ne serai plus jamais ton soldat, ô roi, parce que le coeur du diable a poussé des racines en toi, mais je serai soldat de mon Seigneur Jésus-Christ
, celui qui a créé le ciel, la terre, la mer, les fleuves, et tout ce qui est en eux; et c'est (encore) lui qui m'a créé, moi aussi, et mon souffle est dans ses mains "(Cf. Dan. V, 23.). Alors , lorsque Je jeune homme eut dit ces paroles, le roi se mit en courroux, saisit un glaive de la main d'un soldat, (en) frappa Je jeune homme et l'att eignit au coeur. Quand les soldats eurent vu (cela), ils entourèrent le jeune homme et ]'achevèrent avec leurs glaives en le coupant membre par membre ( Mot à mot : " ils le firent membre membre par le glaive".). Il subit son martyre dans le mois de Pharmouté. Dans la paix . Amen.
7- Ensuite, le roi ordonna d'allumer (le brasier de) l'autel,
il posa dessus de l'encens , lui ainsi que tout le peuple de son royaume. Six mille soldats adorèrent (les dieux), ainsi que trente mille civils . Toute personne qui (était) dans la ville , les hommes et les femmes, les petits et les grands, (bref) tout être humain en qui était le souffle de vie et qui (se trouvait) dans cette ville, il les força tous à adorer, alors qu'ils étaient au nombre de deux cent quarante mille. Puis il écrivit des lettres et les remit à un capitaine, sur la cuisse duquel on avait imprimé (un sceau), et dont le nom était Dionysios. Celui-ci les apporta à Alexandrie et les remit à Arménios gui les envoya en Egypte pour qu'on en prît copie dans chaque ville et dans chaque province, afin que tous agissent selon ce qu'avait ordonné le roi.
8- Alors le courrier alla dans (toute) l'Egypt e, portant le décret depuis Alexandrie jusqu'au sud. Lorsqu'il fut venu à la ville de Pemdjé, il remit les lettres au gouverneur Koulkianos qui les lut et les trouva écrites de cette manière : " Tous ceux qui ne t 'obéiront pas, le pouvoir t'est donné de les massacrer ou de les envoyer à Alexandrie pour que je les châtie".
9- Or , lorsque Dieu a voulu chercher ses élus et relever la race des chrétiens sur la terre, pour que la gloire de l'église de Dieu apparaisse, Dieu a voulu que ses saints élus souffrent pour son saint nom, afin qu' ils entrent dans son royaume. Comme l'a dit le maître Paul dans sa sainte lettre : " .Il y a une grande affaire qui pèse sur nous à cause des martyrs" (Cf. Hébr. XII, 1.); voilà pourquoi il a plu à Dieu, Père de notre Seigneur Jésus-Christ , de chercher ses saints. Comme l'a dit Isaïe le prophète " Si les disciples de Dieu venaient tous auprès de moi , je les instruirais " (Cf. Is. LIV, 13 ; Jean VI, 45.).
10- C'est donc ainsi que fit Dieu : il suscita un esprit mauvais en Dioclétien jusqu'à ce qu'il persécutât les serviteurs et les martyrs du Christ ; de même qu'il avait endurci le coeur de Pharaon (Ex, IX. 12.) jusqu'à ce qu'il perséculât son people , en sorte qu' il le fit périr dans la mer et que le peuple de Dieu fut sauvé. Selon ce qui est écrit dans la Sainte Ecriture : " Il n'y aura pas de méchanceté dans une ville du Seigneur fondée par lui" (Amos III, 6.).
11- C'est encore ainsi que fit le roi impie qui irrita Dieu, ses anges et ses saints jusqu' à ce qu'ils l'expulsa ssent et le jetassent dans les lieux extérieurs, pour que les saints, eux-mêmes, du Père et de son saint Fils, Jésus-Christ, entrassent dans le royaume des cieux et en héritassent éternellement; selon ce qu'a dit le saint Evangile : " Venez, vous qui êtes bénis de mon Père, et héritez du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde " (Matt. XXV, 34.). C'est donc ainsi que Dieu voulut agir clans la terre entière.
12- Ecoutez maintenant, vous à qui il a été donné d'entendre. Entendez, vous à qui a été donnée la sagesse, puisqu' il n'y a rien de plus doux que ce nom de Jésus , ni de plus glorieux que ce nom de chrétien .
13- Il y avait un paysan dont le nom était Epima . Il était âgé de vingtsept ans et habitait un village appelé Pankoleus, dans le nome de Pemdjé. Le nom de son père était Elie, et le nom de sa mère était Sophie. Or cet homme-là était juste et chrétien , maudissant tout mal. C'était (aussi) un sage (et un homme) charitable : il donna it à la maison de Dieu les prémices de ses récoltes . Toutes les paroles de la Sainte Ecriture , elles étaient (pour lui) comme une lampe l'éclairant intérieurement. Sa maison était du côté sud du village (Litt. de cet endroit.) , tandis que ses champs étaient du côté de l 'occident et quelques autres encore du côté de l'orient. Et cet homme, apa Epima, était rempli de tout précepte de l'Esprit Saint, et tous les habitants de cet endroit l'aimaient à cause de toutes les oeuvres de justification qu'il faisait, en sorte que son nom arriva jusqu' aux administrateurs et aux gouverneurs, à savoir que c'était un chrétien .On se mit à le chercher sans répit.
14- Or un jour que le bienheureux apa Epima dormait
dans sa maison, voici qu'un jeune homme lumineux se tint debout au-dessus de lui, (le) mit en émoi et lui dit : "Epima, Epima, ouvre les yeux et reconnais qui je suis. C'est moi Jésus-Christ dont l'étoile a brillé à l'Orient ; c'est moi Jésus dont les mages ont vu l 'étoile ; c'est moi Jésus au sujet de qui les anges ont fait une annonce aux pasteurs ; c'est moi Jésus qu'a engendré Marie; c'est moi Jésus qui fut martyr sous Ponce Pilate ; c'est moi Jésus la couronne des martyrs , l'agonothète de ceux qui luttent bravement . La paix que mon Père m'a donnée en venant au monde , moi je te la donne. Pourquoi es-tu assis, (te montrant) indifférent,tandis que la bataille s'étend et qu'on donne des couronnes pour rien? Voici que je t'ai déjà préparé une demeure dans les cieux ainsi qu'une couronne impérissable jusqu'à l'éternité. Il y a une grande bataille qui t'attend demain dans la ville de Pemdjé. Ta mort aura lieu le huitième jour du mois d'Epip, et ton corps restera pendant un grand moment dans la montagne de Chinouôté chez quelqu'un appelé Ammônios. Après ce temps, on apportera ton coprs à ta maison le dixième jour de Paôné. (correspondant au 17 juin) On t'emmènera à Alexandrie où l'on t'écoutera, (et) de grands miracles de ta part auront lieu dans cet endroit. Ensuite on te fera retourner et on te ramènera au pays d'Egypte et ta mort aura lieu là, dans un nome qui n'est pas le tien (La rédaction copte n'est pas très claire. Le sens est évidemment que ce voyage à Alexandrie se place avant sa mort. On verra plus loin qu'on emmène le saint à Alexandrie où le comte Arménios lui fait subir diverses tortures, puis qu'on l'envoie en Haute-Egypte pour lui trancher la tête. ). J'ai mis à ta disposition Jules, le protecteur et l'historiographe (des martyrs), l'homme de Kbehs, pour qu'il prenne soin de toi en ce lieu et pour qu'il écrive tous tes mémoires, les apporte à sa maison et les laisse là-bas jusqu'au moment où mon Père voudra qu'ils paraissent.Après cela il mettra ses serviteurs à ta disposition, afin qu'ils te restent fidèlement attachés jusqu'à ce que tu accomplisses ta lutte, et afin qu'ils mettent ton corps en sûreté et l'enterrent bellement. Que tes parents restent seuls et que tu meures avec gloire dans l'exil chez ton ami Ammônios, l'homme de Chinouôté, et le jour où mon Père voudra qu'on ramène ton corps à ta maison et qu'on l'y laisse, je ferai advenir un miracle afin que l'on croie à toi. Ma paix soit avec toi. Mais dis à Jules qu'il donne des ordres à ses serviteurs à qui il remettra ton corps , (leur disant) : Prenez bien soin de lui et déposez-le à l'endroit où l'on déposera mon corps ". Lorsque le Sauveur eut dit ces paroles au saint apa Epima, il fit le signe de la croix sur tout son corps afin qu'aucune torture n'ait de pouvoir sur lui. Il l'embrassa et monta Vers les cieux, tandis que le saint le suivait des yeux.
15- Or, le matin venu, le saint apa Epima se leva, sortit de sa maison et n'instruisit personne de ses hommes de ces paroles, afin qu'on ne lui fît pas d'opposition . Ce jour-là était le marché de la ville de Pemdjé. Il dit à ses hommes: "Je veux aller aujourd'hui au marché de Pemdjé pour acheter une vache dont j'ai besoin ". Ses hommes lui dirent: "Va en paix , que le Seigneur envoie son ange devant toi et qu'il dirige tes voies ! "
16- Alors le saint apa Epima sortit hors de sa maison, tourna son visage vers l'est, du côté de l'orient , et, les mains étendues, pria, disant: "Ecoute-moi, mon Seigneur Jésus -Christ, car c'est toi gui as dit: quiconque n'aura pas quitté père ou mère, frère ou soeur, femme ou enfant, jardins ou champs ou trésors (Cf. Matt. XIX, 29.), pour porter sa croix et me suivre, n'est pas digne de moi (Cf. Matt. X, 38. ). Tu sais, mon Seigneur, que j'ai abandonné, à cause de toi,tout ce qui est à moi: 'j'ai laissé dedans ce qui était dedans, et j'ai laissé dehors ce qui éta.it dehors. Quant à ma femme même, voici sept ans que je l'ai abandonnée, me dominant moi-même, à cause de ton saint nom. 'foi aussi, mon Seigneur, ne ferme pas contre moi les portes de la justice (Cf. Ps. CXVII, 19.) quand je viendrai vers toi, et puisses-tu rester avec moi pour me donner du courage jusqu'à ce que je trouve la force d'accomplir ce que tu m'as ordonné! Car à toi appartiennent la puissance et la gloire, éternellement, éternellement. Amen "(Cf. Apoc. VII, 12. ). Lorsque le saint apa Epima eut dit ces paroles, il se signa au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit , (puis) entra dans la ville de Pemdjé. Il entendit dire que le gouverneur siégeait devant la tribune dans l'Achilleion (Temple consacré à Achille dont on ne connaît pas d'autre mention.), en face du tétrapyle (Al-Bahnasâ possédait, paraît-il,comme Alexandrie, un Tétrapyle dont ce texte foumit l'unique mention. et C'est un bâtiment public et un monument antique à quatre colonnes.), écoutant quelques chrétiens dont voici les noms : Haap le diacre de Takanach , apa Hor l'homme de Tepoché dans le nome de Pemdjé, Maxime le prêtre de Chenarô , Pegoch le diacre , l'homme de Terbé , et en outre une foule de chrétiens de la ville de Pemdjé. Alors le saint apa Epima leva les yeux vers le ciel, disant : " Ecoute-moi, mon Seigneur Jésus-Christ , donne-moi assez de courage pour que je trouve la force de parler à ce gouverneur impie qui blasphème ton saint nom ". Comme il disait ces paroles, voici que l'intendant Anoubianos regarda et vit le saint apa Epima. Il se rendit chez le gouverneur et lui dit : "Messire le gouverneur,notre seigneur, voici Epima le chef de Pankoleus, il est venu et s'est placé debout en dehors de la tribune ; qu'il te déclare les clercs de son village et (qu'il t'apporte) les meubles qui (se trouvent) dans ses églises, (je veux dire) leurs livres, leurs tables, leurs vases, selon ce qu'a ordonné notre seigneur le roi ".
17- Aussitôt, le gouverneur envoya Théodore, le geôlier, (qui) le lui amena devant la tribune. Le gouverneur lui dit: "C'est toi Epima qui es le chef de Pankoleus?" Le saint lui dit : " Oui c'est moi, mais c'est Dieu qui est
le chef de nous tous". Le gouverneur lui dit: "De quel dieu parles-tu, Apollon ou Zeus ? Choisis pour toi l'un
de ces (dieux), qu'il te sauve". Le saint lui dit : " Je ne parlais pas de l'un de ces (dieux), mais je parle de Dieu, Père de mon Seigneur Jésus-Christ". Le gouverneur lui
dit: "Envoie pour qu'on m'amène ici tes prêtres, ainsi
que les vases dans lesquels ils ont coutume de célébrer la Synaxe ". Le saint apa Epima lui dit: " Nous n'avons pas de prêtres, mais nous avons coutume de chercher
en tout lieu jusqu'à ce que nous en trouvions un qui nous célèbre la Synaxe le samedi et le dimanche. Quant aux vases dans lesquels nous avons coutume de célébrer
la Synaxe, ils sont en verre, car nous sommes de
pauvres gens et nous habitons dans une humble chaumière". Le gouverneur lui dit : " Epima, tu ne pourras pas te rire de moi, car on m'a déjà informé de la ruse (?) ( ... ? .. . ) qui est en toi".
18- Anoubianos, l'intendant , se rendit alors chez le Gouverneur pour la deuxième fois et déposa une requite contre le saint apa Epima, disant: " Tu vois cet apostat, c'est encore un séditieux de la race des chrétiens ; à cause de cela il r ejette le décret du roi". Le gouverneur lui dit: " Epima, tu ne pourras pas te rire de moi; obéis-moi et accomplis l'ordre de nos seigneurs les rois, afin que tu ne fasses pas périr ta beauté de chair dans de mauvaises tortures ". Le saint apa Epima répondit en disant: "Mon Seigneur Jésus nous a déjà instruits, disant : Ne craignez pas ceux qui tueront vos corps ; votre âme , ils ne peuvent pas la tuer ; craignez plutôt celui qui peut tuer votre âme et votre corps dans la géhenne " (Matt. X, 28.). Le gouverneur lui dit: "Veux-tu que nous touchions à ta chair ? "( Le texte porte " tes chairs.") Le saint lui dit: "Ce qui te plait, fais-le moi, (car) mon Dieu Jésus-Christ est avec moi, me donnant du courage". Le gouverneur lui dit: "Je ferai que l'on arrache ta langue avant que tu ne prononces ce *nom en ma présence". Le saint lui dit : " Tu n'es pas digne d'entendre le nom de mon Dieu, car même les bêtes féroces et les reptiles, quand ils entendent le nom de mon Dieu, ont coutume de redresser leurs cous, et toi, tu le dédaignes. Car l'apôtre a dit: Quelle société entre le Christ et Bélial , ou quel accord entre la maison de Dieu et celle des demons et des idoles ? (Cf. 2 Cor. VI, 15.-16.) Et , à ce moment-là, le gouverneur impie se mit en colère et ordonna de suspendre le juste au Poteau et de le tourmenter.
19- Or ce noble apa Epima, dont tout le corps était une beauté (Mot à mot : "il y avait une beauté dans tout son corps".), dont les cheveux étaient bouclés comme les grappes de henné, quand on allait le suspendre au poteau , se signa sur la tête et sur le front au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Lorsqu'on l'eut tourmenté, tout son corps était baigné de sang. Il leva les yeux au ciel, tout en étant suspendu au poteau, (et) dit: "Mon Seigneur Jésus-Christ,; Jésus, ma vie; Jésus, mon Dieu; Jésus, mon refuge; Jésus, mon secours; Jésus, (toi) en qui je mets mon espoir; Jésus, oeil qui voit; Jésus , oreille qui entend, écoute-moi et aie pitié de moi, abaisse ton regard sur toutes mes souffrances, souviens-toi que je ne me suis jamais détaché de tes commandements, toi aussi, mon Seigneur, ne t'éloigne pas de moi, mais que ton nom et ta puissance soient glorifiés dans cette ville , afin que tous sachent que c'est toi seul le Dieu véritable et qu'il n'y en a pas d'autres en dehors de toi et de ton saint Père, dans le ciel et sur la terre, et du. Saint-Esprit , éternellement, éternellement. Amen. Je ne me suis pas éloigné de tes directives, mon Seigneur, mais je me prepare à mourir et à verser mon sang pour ton saint nom, cependant ne me laisse pas mourir maintenant, avant que je n'aie confondu cet impie ainsi que les oeuvres de sa main qui sont ses dieux impurs, de peur qu' il ne dise dans son coeur: je l'ai emporté sur celui-ci (Cf. Ps. XII, 5 .), et son Dieu n'a pas pu venir à son secours".
20- Or , comme le saint apa Epima disait ces paroles, tout en étant suspendu au poteau , sa supplication fit de l'effet auprès du trône de Dieu, et sa prière entra dans les oreilles du Seigneur Sabaôth (Cf. Jac V, 4,). Le Sauveur Jésus appela Michel (et) lui dit : " Viens, mon fidèle procurateur, va toucher le corps de mon serviteur Epima et guéris-le de toutes les tortures (que lui a causées) cet impudent gouverneur ". L'archange Michel descendit du ciel, se tint debout à la droite du juste , (et ) lui dit : " Courage, ô noble apa Epima, Dieu t'a entendu, il a enlevé de toi toutes tes souffrances, (et) j'ai été envoyé vers toi pour te donner du courage". Tout en disant ces paroles, il toucha son corps. Le bienheureux apa Epima se réjouit alors comme quelqu'un qui boit du bon vin. Il cria disant : " Sois confondu, ô gouverneur impie , car je ne me soucie pas de toi ni de tes tortures tant que mon Dieu est avec moi".
21- Lorsque les habitants de la ville de Pemdjé eurent entendu ces paroles, ils crièrent tous, disant: "Unique est le Dieu des chrétiens , le Christ Jésus , et il n'y a pas d'autre dieu que lui, dans le ciel et sur la terre". Lorsque le gouverneur eut entendu cela, il entra dans une grande colère, (et) donna des orders à quatre groupes de soldats, (qui) apportèrent des fouets (litt. nerfs) d'un seul morceau de cuir, saisirent le bienheureux apa Epima, le mirent à plat ventre, lui attachèrent les mains et les pieds avec
des courroies, et le frappèrent quatre à quatre, en sorte que son sang (Le texte porte " ses sangs ".) coula sur la terre comme de l'eau. Et le bienheureux apa Epima criait, disant: "Mon Seigneur Jésus-Christ , viens à mon secours . Lorsque son coeur (était sur le point de) s'arrêter par l'excès des coups (de fouet), tous les gens (qui se trouvaient) sur l'agora (Litt. ceux de l'agora.) de la ville poussèrent des cris sur lui.
22- Ensuite, il fit asseoir le bienheureux apa Epima sur
un siège en fer. On plaça sur sa tête un casque de feu et à ses côtés des torches allumées. Alors le bienheureux apa Epima se signa avec le doigt au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit . Aussitôt le casque devint comme une couronne sur la tête du bienheureux apa Epima, et les torches se retournèrent en arrière et brûlèrent ceux qui les tenaient. La foule de la ville cria, disant : " Grand est le Seigneur qui donne du courage à ses serviteurs avec gloire. Nous ne les laisserons pas tuer cet homme dans cette ville , mais il faut que nous l'enlevions publiquement et l'envoyions à sa maison. Si l'impie fait
la guerre avec nous, nous le lapiderons. Est-ce que nous
allons nous soucier d'un homme et abandonner Dieu ? "
23- Or , lorsque le gouverneur impie eut entendu ces paroles, il eut peur des habitants de la ville . Il se tourna vers le bienheureux apa Epima et lui dit: "Je t'adjure par Jésus, ce nom au moyen duquel tu fais de la magie , dis que ces torches de feu s'éloignent d es bourreaux , car elles les font souffrir ". Alors le bienheureux apa Epima leva les yeux au ciel et dit: "Ecoute-moi, mon Seigneur Jésus-Christ, car au moment où toi-même étant sur la croix , les Juifs te faisaient souffrir en te souffletant le visage, malgré tout cela tu demandais à ton Père de leur pardonner (Cf. Luc XXIII, 34. ) . En outre le prophète Isaïe a dit: Ne rendez pas le mal pour le mal (C'est sans doute par erreur que cette citation est attribuée à Isaïe ; en réalité elle se réfère à Rom. XII, 17.). Salomon a dit dans ses proverbes: Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger, s'il a soif, donne-lui à boire, car en fai sant ceci, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête (Prov. XXV, 21-22. ). Tu as encore dit, mon Seignem, dans le Saint Evangile : Pardonnez aux hommes leurs pechés, pour que mon Père qui est dans les cieux vous pardonne (Cf . Matt. VI, 14.). Maintenant, mon Seigneur Jésus-Christ , c'est l'heure où ton saint nom doit être glorifié" (Cf. Jean XVII, 1.). Puis il se tourna vers les bourreaux et leur dit : " Allez vous-en, Jésus vous a pardonnés".
24- Or , lorsque le gouverneur eut vu (cela) , il s'émerveilla, et tous les habitants de la ville glorifièrent Dieu. Ce gouverneur impudent se tourna alors vers le bienheureux apa Epima et lui dit : "Ne me diras-tu pas quel est ce miracle que tu as fait au moyen de ton front et ton visage ? Vraiment tu es un maître magicien. Ce miracle que tu as fait, je n'ai jamais vu quelqu'un qui l'ait fait. Je t'adjure par Jésus , ton Dieu, afin que tu me dises exactement la vérité ". Le bienheureux apa Epima répondit et lui dit: "Ecoute que je t'instruise. Ceci est le sceau que Dieu a scellé sur le visage d'Adam le jour où il fut créé ( Litt. le jour où il fut façonné). C'est encore le signe de la croix que mon Seigneur Jésus a portée ". Alors le gouverneur se tourna vers son assesseur et lui dit: "Qu'allons-nous faire de cet homme et de cette grande clameur qui nous suit dans cette ville ? Vois, on ne nous laisse pas le faire souffrir ". Son assesseur lui dit: " Obéis-moi et donne sentence à cet homme. Envoie-le à Alexandrie pour qu'on le châtie là-bas. Sinon, les habitants de cette ville - (qui) le connaissent, car c'est un homme vénérable, et (qui) tous le glorifient comme homme de science, fécond dans sa maison, chef de son village et de tous ceux qui sont dans son voisinage - ils ne nous permettront pas, pour ces raisons, de le tuer dans cette ville".
25- Le gouverneur écrivit alors (un rapport) ainsi conçu:
"Moi Koulkianos, gouverneur de Pemdjé, j'écris (Litt. il écrit.) à Arménios, comte d'Alexandrie, au sujet d'un saint chrétien appelé Epima, lequel est un habitant de Pankoleus dans le nome de Pemdjé et le chef de son nome entier, à qui tous obéissent et devant qui tous ont peur, à cause des oeuvres de sorcellerie qu'il fait. Pour cette raison, les habitants de la ville de Pemdjé, ainsi
que ceux de son nome entier dont il est le chef, m'ont fait opposition et ne m'ont pas permis de le faire souffrir. Voici que je te (l') ai envoyé pour que tu le châties comme tu voudras, jusqu'à ce qu'il obéisse à l'ordre de nos seigneurs les rois. Porte-toi bien , mon frère aimé ". Puis, après avoir écrit le rapport, il fit enchaîner les mains et les pieds du juste qui avait deux carcans autour du cou. On lui donna quatre soldats qui le conduisirent vers le sud au ......... (?) (Le mot est ambigu et désigne un lieu public peut être le temple d'Athéna) jusqu'à
ce qu'ils l'amenassent au fleuve. Ils le jetèrent au fond de la cale du bateau et naviguèrent avec lui tandis qu'il logeait au fond de l'embarcation. Le bienheureux apa Epima se chagrina et pleura en disant: " Jésus , mon Seigneur, Jésus , ma vie, Jésus, mon espoir, Jésus, mon secours, aie pitié de moi et sois avec moi partout où j'irai, car on m'emmènera à un endroit que je ne connais pas, et ce n'est que toi seul que je connais, Seigneur, Dieu, Tout-Puissant, Père de mon Seigneur Jésus-Christ , celui à qui appartiennent la gloire et la puissance, éternellement, éternellement. Amen ". Lorsque le saint apa Epima eut dit ces paroles, sa supplication fit de l'effet auprès du trône de Dieu, et sa prière entra dans les oreilles du Seigneur Sabaôth . Le Seigneur Jésus descendit (du ciel), monté sur une nuée de lumière, ayant Michel à sa droite et Gabriel à sa gauche, tandis qu'une foule d'anges lui chantait des hymnes. Il se tint debout dans l'air au-dessus du bateau et dit au saint apa Epima: " Joie au moment (où l'on doit avoir) de la joie, courage au moment (où il faut avoir) du courage.C'est moi Jésus qui ai pris corps dans le sein de la Vierge Marie. Ne crains pas, mon élu Epima, car je suis avec toi partout où l'on t'emmènera. Je te paierai ton salaire selon tes souffrances. Je te ferai asseoir dans mon royaume sur ton trône avec mes saints. Je te donnerai un nom de réputation et te ferai prendre part à l'offrande infinie dans l'église des premiers-nés de la Jérusalem céleste (Cf. Héb. XII, 22-23.). Ne crains pas, mon élu Epima, ma paix sera avec toi en tout lieu. Amen". Puis , lorsque le Sauveur eut dit ces paroles, il monta vers les cieux dans une grande gloire, tandis que les anges lui chantaient des hymnes. Et le bienheureux,
son coeur se réjouit d'avoir vu le Seigneur et il se mit à glorifier Dieu jusqu'à ce qu'il arrivât à Alexandrie.
26- Ce jour-là était (le jour) du grand jeûne (C'est-à-dire " le vendredi saint.") . Alors le saint apa Epima pria Dieu, disant: "Dieu, toi qui m'as créé (Litt. dieu qui m'a façonné.) dans le sein de ma mère et qui m'as fait vivre pendant toute ma vie jusqu'aujourd'hui, garde-moi des mains de cet impie durant ces trois jours: le (jour du) grand jeûne, le samedi et le dimanche , car ce sont des jours de fête dans le ciel et sur la terre, durant lesquels ne doit arriver aucun trouble". Et, comme il disait ces paroles, le bateau aborda au rivage d'Alexandrie.
27- Les soldats cherchèrent l'endroit (où se trouvait) Arménios, et, comme c'était un anniversaire du roi, ils le trouvèrent au spectacle des Jeux . Les soldats lui remirent le rapport sur Je bienheureux apa Epima, lequel les suivait les mains liées derrière lui et un carcan autour du cou. (Arménios) vint pour l'interroger ce jour-là, (mais) les habitants de la ville lui firent opposition, disant: "Non, non, ne gate pas nos Jeux, tu l'interrogeras plus tard". (Alors) il ordonna de conduire le saint apa Epima à la prison jusqu'au lendemain.
28- Or, la nuit où l'on jeta le saint apa Epima en prison, il y avait un homme enfermé dans la prison, possédé par un mauvais esprit qui le faisait souffrir. (L' esprit) cria d'une voix forte, disant: " Je sortirai de Dionysios, fils de Théodore serviteur du comte (?) (L'expression pourrait aussi signifier garde du corps), ô saint apa Epima, homme de Pankoleus, par peur de J'atêhange Michel qui marche avec toi et gui est entré dans la prison avec toi ". Aussitôt le demon renversa l'homme par terre et sortit de lui. Le coeur de l'homme se réconforta et il vint se jeter aux pieds du saint apa Epima.
29- Or , le concierge qui était préposé à la prison, lorsqu'il eut vu le grand miracle advenu grâce au saint apa Epima, il avait, lui, une fille unique et qui était enceinte. Celle-ci, étant en son mois d'accouchement, était arrivée à son troisième jour de douleurs d'enfantement et son enfant était retenu en elle. Son père lui fit venir une foule de médecins et une foule d' exorciseurs et de magiciens, (mais) ils ne purent la guérir . Lors donc que son père eut vu ce qui était advenu grâce au saint apa Epima, il alla le trouver, il se jeta à ses pieds et le pria de guérir sa fille. Le saint apa Epima lui dit : " Apporte-moi un peu d'huile pour que je prie dessus, afin que je fasse paraître en elle la gloire de Dieu, celui à qui appartiennent toutes ces gloires et tous ces miracles". Son père apporta l'huile en hâte au saint apa Epima. Il pria dessus et l'on en oignit la jeune fille.Aussitôt elle accoucha d'un garçon qu'on nomma Epima comme le nom du juste.
30- Après cela, il y avait un aveugle qui était assis sur le seuil de la porte de la prison , recevant l'aumône de ceux qui ent raient dans la prison et de ceux qui (en) sortaient. Il entendit parler des miracles du saint apa Epima, il se leva et alla le trouver dans la prison. Il se jeta à ses pieds et le pria afin qu'il lui donnât la lumière. Et , le saint apa Epima tourna son visage du côté de l'Orient (et pria), disant : "Ecoute-moi, mon Seigneur Jésus-Christ, toi qui as ouvert les yeux de l'aveugle quand tu te rendais à Bethphagé (Cf. Marc X, 46 et suiv.); Jésus, toi qui as donné la lumière à ces deux frères aveugles qui étaient assis sur la route recevant l'aumône (Cf. Matt. XX, 30.) ; Jésus , mon Dieu, toi qui, en jetant ta salive par terre, en as fait de Ja boue, l'as appliquée sur les yeux de l'aveugle-né et l'as envoyé à Siloé (d'où) il est revenu voyant clair (Jean IX, 6.). Ecoute-moi aussi, mon Seigneur Jésus-Christ, et aie pitié de ce pauvre homme qui reçoit l'aumône. Donne-lui la lumière afin qu'il aille faire son travail et son métier, pour qu'il puisse vivre et louer ton saint nom ; car à toi appartiennent la puissance et la gloire, éternellement, éternellement. Amen". Sur l'heure, le saint apa Epima plaça ses mains sur les yeux de l'aveugle, souffia dans son visage trois fois: au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, et aussitôt ses yeux s'ouvrirent et il vit clair. Cet homme-là vint dans toute la ville, propageant la renommée d'apa Epima, au sujet des miracles qu'il faisait dans la prison , en sorte que toutes les personnes dans cette ville , qui souffraient de différentes maladies, lui furent amenées à la prison et il les guérit toutes par la puissance du Christ.